Me voilà au milieu de tous ces gens.
Me voilà prise dans un enclos.
Qui pourra faire déclencher la détente le plus rapidement?
Qui pourra me viser en plein dans l’dos?

Je marche de peine et de misère.
Je trotte à travers les obstacles avec la tête bien dans les airs.
Je me bat pour ma vie, je me bat pour mon coeur.
Celui qui me semblera le plus naïf, à lui je lui renderai mon sort.

Avec ses pas si bien calculés,
avec ses mimiques si tendres.
La confiance semble reigner;
enfin un chasseur qui semble s’y prendre.

Il semble vouloir mon bien, il semble honnête,
il semble comprendre que moi aussi j’ai une tête.
Il me fait comprendre par ses yeux doux
que ce n’est pas ma fourrure et ma viande qui l’ont fait courir à mon cou.

Ma mère m’a toujours avertie d’être vigilante avec les chasseurs
car ceux qui semblent les plus bienveillants sont ceux qui t’achèveront avec bonheur;
ceux qui n’auront aucun problème à t’arracher le coeur
et à le passer dans le broyeur
comme les restes des retailles superflues.

Mais le mien semblait autrement.
Le mien semblait devenir lâche devant ma beauté.
Et jamais je n’aurait cru avec toute mon acuité
être celle à qui la tête allait être pavanée comme un trophée.

Ceci fut sa compétition.
Cela fut ma perdition.
Cet homme courait bien tous les jupons
comme le chasseur court tous les sous-bois.

Pour lui, je n’étais que son meilleur morceau.
Pour moi, il était celui qui avait ma rédemption.

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